{"id":3943,"date":"2015-04-21T17:44:05","date_gmt":"2015-04-21T15:44:05","guid":{"rendered":"http:\/\/centcols.org\/backup\/?p=3943"},"modified":"2015-04-21T18:01:33","modified_gmt":"2015-04-21T16:01:33","slug":"130800-a-loccasion-de-la-disparition-de-louis-nucera-michel-de-brebisson-a-souhaite-faire-reproduire-le-papier-du-monde-ecrit-par-un-des-amis-de-louis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/centcols.org\/backup\/130800-a-loccasion-de-la-disparition-de-louis-nucera-michel-de-brebisson-a-souhaite-faire-reproduire-le-papier-du-monde-ecrit-par-un-des-amis-de-louis\/","title":{"rendered":"13\/08\/00 : Disparition de Louis Nucera. Michel de Br\u00e9bisson a souhait\u00e9 faire reproduire le papier du Monde \u00e9crit par un des amis de Louis"},"content":{"rendered":"<h2>Louis Nucera<\/h2>\n<h3>La passion de la litt\u00e9rature, de l&#8217;amiti\u00e9 et du v\u00e9lo<\/h3>\n<p><strong>MERCREDI 9 ao\u00fbt<\/strong>, Louis Nucera est mort \u00e0 bicyclette, renvers\u00e9 par un automobiliste, \u00e0 Carros (Alpes-Maritimes), dans cette arri\u00e8re-pays ni\u00e7ois qu&#8217;il avait si souvent parcouru. Le v\u00e9lo \u00e9tait une de ses passions avec la litt\u00e9rature et l&#8217;amiti\u00e9. Ses amis se sentent tr\u00e8s seuls et tr\u00e8s abandonn\u00e9s. Un de ses meilleurs livres, Le Roi Ren\u00e9, retra\u00e7ait la carri\u00e8re de Ren\u00e9 Vietto. C&#8217;\u00e9tait un des mod\u00e8les de Louis, car il aimait le style et le courage. A la fin de chaque \u00e9t\u00e9, je lui demandais: &#8220;Tu as bien roul\u00e9? Combien de kilom\u00e8tres?&#8221; Et la seconde question venait aussit\u00f4t : &#8220;Combien de pages?&#8221; Les deux \u00e9taient ins\u00e9parables, les performances du &#8220;champion&#8221; et celles de l&#8217;\u00e9crivain&#8230;<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Nice le 17 juillet 1928, Louis Nucera fut nourri, dans sa jeunesse, par les souvenirs de la premi\u00e8re guerre mondiale. Il \u00e9coutait religieusement les histoires que ses oncles racontaient \u00e0 l&#8217;heure du d\u00eener. Cela donne des enfants tr\u00e8s r\u00e9fl\u00e9chis et tr\u00e8s r\u00eaveurs. Le p\u00e8re de Nucera mourut en 1933 et sa m\u00e8re fut &#8220;soudain vieillie par l&#8217;irr\u00e9parable &#8220;. Ce genre de phrase r\u00e9sume la mani\u00e8re de Louis : \u00e9crivain tr\u00e8s classique, il savait organiser le complot de la grammaire et de l&#8217;\u00e9motion.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la disparition de son p\u00e8re, Louis Nucera fut oblig\u00e9 de gagner sa vie, devenant &#8220;t\u00e9l\u00e9phoniste&#8221; dans une banque. Jean Giono avait travaill\u00e9 lui-m\u00eame dans une succursale de cet \u00e9tablissement. C&#8217;\u00e9tait un excellent pr\u00e9sage. Nucera fit ensuite du journalisme. Cela lui permit de rencontrer Joseph Kessel, Georges Brassens et Jean Cocteau. Ses professeurs ou ses parrains en litt\u00e9rature. Des parrains magiques. Le premier convainquit Louis Nucera que la langue fran\u00e7aise \u00e9tait une sorte de &#8220;monast\u00e8re&#8221; et qu&#8217;il fallait y p\u00e9n\u00e9trer avec de grandes pr\u00e9cautions. Le deuxi\u00e8me donnait des le\u00e7ons de modestie et le troisi\u00e8me des le\u00e7ons de politesse. Cocteau disait, en effet, qu&#8217;il fallait effacer de ses textes la peine que l&#8217;on avait prise pour les \u00e9crire. Louis Nucera retint les trois enseignements. Dans ses romans (L&#8217;Ami, 1974; Avenue des Diables-Bleus, 1979; Chemin de la Lanterne, 1981; Le Kiosque \u00e0 musique, 1984; La Chanson de Maria, 1989; Le Ruban rouge, 1991&#8230;), il a d\u00e9peint avec d\u00e9licatesse le petit peuple de sa ville, les petites gens dont il \u00e9tait l&#8217;h\u00e9ritier. Mais il se demandait : pourquoi &#8220;petites&#8221; ?<\/p>\n<h3>LA POLITESSE DU D\u00c9SESPOIR<\/h3>\n<p>Son plus beau livre, c&#8217;est peut-\u00eatre, en 1994, Mes Ports d&#8217;attache. Il y fait, en quelque sorte, la tourn\u00e9e des amis disparus. On y d\u00e9couvre deux amoureux des promenades \u00e0 bicyclette, qui se nomment Henry Miller et Vladimir Nabokov. Naturellement, on y retrouve Cocteau, Brassens et Kessel. Louis Nucera \u00e9tait un ma\u00eetre dans l&#8217;art du portrait. Il disait, par exemple, que &#8220;le visage de Kessel interpr\u00e9tait les mouvements de son c\u0153ur, comme le ciel et la mer dessinent les frasques du temps &#8220;. C&#8217;est superbe.<\/p>\n<p>L&#8217;hiver dernier, Louis Nucera avait rassembl\u00e9 ses chroniques des ann\u00e9es 1994 \u00e0 1999 sous le titre Une bouff\u00e9e d&#8217;air frais (Le Cherche Midi, 2000). On y voyait un homme guid\u00e9 par le souci d&#8217;admirer, le d\u00e9sir de rendre justice \u00e0 la beaut\u00e9 des choses comme \u00e0 la beaut\u00e9 de certains \u00eatres. Il poursuivait l&#8217;inventaire de ses passions et de ses pr\u00e9f\u00e9rences. Il aimait les gens d\u00e9licats, la politesse du d\u00e9sespoir, la peinture des \u00e9tats d&#8217;\u00e2me, le tango, l&#8217;alchimie des sentiments, le XVIII\u00e8me arrondissement, les vieux quartiers ni\u00e7ois, les paysages fran\u00e7ais&#8230; et les instituteurs qui transmettent \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves du fond de la classe, pr\u00e8s du radiateur, le go\u00fbt de la lecture. Louis Nucera m\u00ealait dans ses engouements les vainqueurs du Tour de France et les champions de la litt\u00e9rature. Il avait lu beaucoup, mais il n&#8217;affichait pas son \u00e9rudition. Elle restait une affaire de c\u0153ur.<\/p>\n<p>Les \u00e9poques sont faites pour \u00eatre d\u00e9nigr\u00e9es ronchonnait Flaubert, quand il \u00e9tait de m\u00e9chante humeur. Louis Nucera aurait bien voulu d\u00e9mentir ce pessimisme, mais il jetait sur notre monde un regard de moraliste. Et ce qu&#8217;il observait le d\u00e9solait trop souvent. En effet, comment ne pas se mettre en col\u00e8re quand les discours de tel rocker ou de tel animateur de t\u00e9l\u00e9vision rev\u00eatent plus d&#8217;importance que les propos des \u00e9crivains ? Alors que ceux-ci, pour Nucera, \u00e9taient &#8220;les envoy\u00e9s de la beaut\u00e9 sur terre&#8221;. Cependant, m\u00eame lorsqu&#8217;il d\u00e9nonce la foire aux vanit\u00e9s, ses pages respirent le bonheur d&#8217;\u00e9crire. D\u00e9fenseur et serviteur de la langue fran\u00e7aise, Louis Nucera avait ce qu&#8217;on appelle du style, dans ses \u00e9loges comme dans ses reproches. A notre \u00e9poque, ce n&#8217;est pas si fr\u00e9quent.<\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Bott<\/strong><\/p>\n<p>[Louis Nucera a fait para\u00eetre son premier roman, L&#8217;Obstin\u00e9, en 1970 chez Julliard. L&#8217;essentiel de son \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 ensuite chez Grasset. il a \u00e9crit de nombreux articles pour &#8220;Le monde des livres&#8221; \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Plusieurs prix sont venus couronner ses ouvrages: prix litt\u00e9raire de la R\u00e9sistance (1975) pour Dora (Latt\u00e8s), prix Interalli\u00e9 (1981) pour Chemin de la Lanterne, grand prix de litt\u00e9rature sportive (1987) pour Mes rayons de soleil, prix Jacques Chardonne (1991) pour Le Ruban rouge. Enfin, en 1993, l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise saluait, par son grand prix de litt\u00e9rature, l&#8217;ensemble de son \u0153uvre].<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Louis Nucera La passion de la litt\u00e9rature, de l&#8217;amiti\u00e9 et du v\u00e9lo MERCREDI 9 ao\u00fbt, Louis Nucera est mort \u00e0 bicyclette, renvers\u00e9 par un automobiliste, \u00e0 Carros (Alpes-Maritimes), dans cette arri\u00e8re-pays ni\u00e7ois qu&#8217;il avait si souvent parcouru. Le v\u00e9lo \u00e9tait une de ses passions avec la litt\u00e9rature et l&#8217;amiti\u00e9. Ses amis se sentent tr\u00e8s seuls [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2001,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"ub_ctt_via":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"acf":[],"featured_image_urls":{"full":"","thumbnail":"","medium":"","medium_large":"","large":"","1536x1536":"","2048x2048":"","woocommerce_thumbnail":"","woocommerce_single":"","woocommerce_gallery_thumbnail":""},"post_excerpt_stackable":"<p>Louis Nucera La passion de la litt\u00e9rature, de l&#8217;amiti\u00e9 et du v\u00e9lo MERCREDI 9 ao\u00fbt, Louis Nucera est mort \u00e0 bicyclette, renvers\u00e9 par un automobiliste, \u00e0 Carros (Alpes-Maritimes), dans cette arri\u00e8re-pays ni\u00e7ois qu&#8217;il avait si souvent parcouru. Le v\u00e9lo \u00e9tait une de ses passions avec la litt\u00e9rature et l&#8217;amiti\u00e9. Ses amis se sentent tr\u00e8s seuls et tr\u00e8s abandonn\u00e9s. Un de ses meilleurs livres, Le Roi Ren\u00e9, retra\u00e7ait la carri\u00e8re de Ren\u00e9 Vietto. C&#8217;\u00e9tait un des mod\u00e8les de Louis, car il aimait le style et le courage. A la fin de chaque \u00e9t\u00e9, je lui demandais: &#8220;Tu as bien roul\u00e9? Combien\u2026<\/p>\n","category_list":"<a href=\"https:\/\/centcols.org\/backup\/categorie\/archives\/2000\/\" rel=\"category tag\">2000<\/a>","author_info":{"display_name":"Webmestre","author_link":"https:\/\/centcols.org\/backup\/author\/webmestre\/"},"comments_num":"0 commentaire","featured_image_urls_v2":{"full":"","thumbnail":"","medium":"","medium_large":"","large":"","1536x1536":"","2048x2048":"","woocommerce_thumbnail":"","woocommerce_single":"","woocommerce_gallery_thumbnail":""},"post_excerpt_stackable_v2":"<p>Louis Nucera La passion de la litt\u00e9rature, de l&#8217;amiti\u00e9 et du v\u00e9lo MERCREDI 9 ao\u00fbt, Louis Nucera est mort \u00e0 bicyclette, renvers\u00e9 par un automobiliste, \u00e0 Carros (Alpes-Maritimes), dans cette arri\u00e8re-pays ni\u00e7ois qu&#8217;il avait si souvent parcouru. Le v\u00e9lo \u00e9tait une de ses passions avec la litt\u00e9rature et l&#8217;amiti\u00e9. Ses amis se sentent tr\u00e8s seuls et tr\u00e8s abandonn\u00e9s. Un de ses meilleurs livres, Le Roi Ren\u00e9, retra\u00e7ait la carri\u00e8re de Ren\u00e9 Vietto. C&#8217;\u00e9tait un des mod\u00e8les de Louis, car il aimait le style et le courage. A la fin de chaque \u00e9t\u00e9, je lui demandais: &#8220;Tu as bien roul\u00e9? Combien\u2026<\/p>\n","category_list_v2":"<a href=\"https:\/\/centcols.org\/backup\/categorie\/archives\/2000\/\" rel=\"category tag\">2000<\/a>","author_info_v2":{"name":"Webmestre","url":"https:\/\/centcols.org\/backup\/author\/webmestre\/"},"comments_num_v2":"0 commentaire","featured_image_src":null,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/centcols.org\/backup\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3943"}],"collection":[{"href":"https:\/\/centcols.org\/backup\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/centcols.org\/backup\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/centcols.org\/backup\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2001"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/centcols.org\/backup\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3943"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/centcols.org\/backup\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3943\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/centcols.org\/backup\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3943"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/centcols.org\/backup\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3943"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/centcols.org\/backup\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3943"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}