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PENELOPES DES CENT COLS

Revue N° 04 Page 46

Bien avant les beaux jours,
Ils s'étaient préparés,
Astiquant les vélos
Et gonflant les boyaux.

Un dimanche matin,
Ils se sont élancés
Pour conquérir des cols
Toujours plus élevés.
Et nous sommes restées
Abandonnées et tristes
Dans nos foyers déserts,
Jalouses du Galibier
Qui nous les a volés !

Ces volages maris
Certaines les ont suivis...
A pied, à cheval ou en voiture,
Comme a dit Monsieur l'Maire :
Soyez toujours derrière
Pour passer les maillots
Pour soigner les bobos...

Auréolés de gloire
Ou lâchés sans pitié
Nous avons avec vous
Triomphé ou pleuré !
Et qu'on ne me parle plus
Des ennuis d'Ocana
Quand on a, comme moi
Croisé dans la Forciaz
Un cyclo éperdu
Qui se croyait foutu !

Et pourtant
Nous avions étudié
Ces plats équilibrés
Qui devaient faire de vous
Des vedettes comblées.
Ni les carottes râpées
Ni les gâteaux de riz
Ne vous ont apporté
Les lauriers d'un Eddy !

Mais qu'importe pour nous
Quand vous nous revenez
Ereintés et grognons
Vous avez à nos yeux
La gloire de ce champion !

Et si parfois
Nous nous sentons volées
Lorsque vous bichonnez
Vos minettes chromées
C'est tout de même à nous
Que vous vous adressez
Lorsqu'enfin vous songez
Au repos du guerrier...

Ainsi malgré le vent,
La pluie et les intempéries
Grâce à nous le Ventoux
Vous a paru plus doux !

Alors, sur le talus
S'il y a une fleur
Oubliez un instant
Vos rêves de grandeur.
Vous aurez, c'est certain
Perdu quelques secondes
A vouloir nous cueillir
Toute la joie du monde.


Mireille ROBIN


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