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Revue N° 15 Page 23

Contrairement à ce que certains articles peuvent vous laisser croire, contrairement à ce que les photos présentées lors de la soirée Club peuvent vous laisser imaginer, contrairement à ce que la rumeur publique, voire la légende, tend à vous laisser penser, une randonnée club, ce n'est pas drôle tous les jours.

Vous ne me croyez pas ?

Lisez plutôt.

VENDREDI. Ça commence par un très long voyage en voiture. Le chauffeur, seul maître à bord, exige d'écouter Nana Mouskouri. Il faut aimer. Honnêtement, on se serait volontiers endormi si on n'avait pas repris en chœur le célèbre " Cucurrrrucucu Paloma ", toutes vitres ouvertes, dans les rues d'Orange.

Ça se poursuit par une longue procession, bagages à bout de bras, derrière la 305 chargée de 15 vélos (record à battre !) sur les quais de la Joliette et sous le soleil. Bonne mère, quel chemin de croix !

SAMEDI. Je suis de service au volant de la 305. Malgré la présence, cette année, de la délicieuse Odette, ça reste une corvée. C'est sans doute pour cela que certains se débrouillent pour y échapper ! Trouver un emplacement pour le pique nique relève du coup de chance. Moi, c'est bien connu : je ne touche jamais, ni le loto ni le tiercé. Aussi, mes convives d'un jour ont-ils dû rouler bien longtemps avant de pouvoir goûter le pastis. Désolé mes frères. L'année prochaine, ça ne se reproduira pas : je me dispense d'office de tour de voiture. Cela m'évitera par ailleurs de devoir retourner 15 km en arrière pour retrouver Papy allongé dans le fossé (pour une sieste anticipée) auprès de sa roue libre qui a pris la liberté de tomber en carafe.

Je ne vous parle pas du digestif offert le soir par le restaurateur copain de Cloclo, de Traînou : une poire d'Olivet (au pays de la myrte et de la cédratine, quelle honte !) qui avait comme un goût d'alcool à brûler, même que certains (et pas des moindres) ont reversé leur verre dans la bouteille...

DIMANCHE. Membre du Club des Cent Cols et commandeur de l'Ordre des Cols Durs (je dédicace des photos quand vous voulez), je ne peux pas refuser l'offre qui m'est faite par André et Michel de tâter du col muletier. J'aurais pourtant dû me méfier, échaudé que j'ai déjà été dans ma prime jeunesse.

Je n'ai pas encore tout compris de notre aventure.

Sachez seulement qu'après avoir repéré en contrebas le " chemin " salvateur, scruté le sol à la recherche des hypothétiques traces de pas où de pneus, qu'aurait pu laisser André devant nous, après avoir poussé, tiré, posé, repris, porté, coincé, dégagé, hissé, lancé, retenu, trimballé, égaré, retrouvé, soulevé, traîné, balancé, halé mon pauvre vélo, après avoir glissé sur des rochers, escaladé des murs de caillasses instables, cheminé accroupi sous des branches basses, traversé des buissons de ce qui doit être des arbousiers, des asphodèles, des calycotomes, (à fortes épines !), des cistes, des genévriers, des lentisques, des myrtes, des salsepareilles (par ordre alphabétique, il n'y aura pas de jaloux), après avoir pataugé dans la boue et la bouse, souri en découvrant un possible passage, pesté en constatant que ledit passage était infranchissable, blêmi à l'idée d'abandonner le vélo ou de passer la nuit là, cherché désespérément la bergerie délabrée qui devait immanquablement se trouver au bout du chemin (un vrai !), trouvé cette bâtisse,

fait le tour à deux reprises sans détecter la moindre trace de sentier, peiné encore, cherché une autre bergerie, après m'être posé un tas de questions, traité de tous les noms, retenu de ne pas y aller de ma grosse larme, après avoir couvert mon corps et mes vêtements de traînées noires au contact des branches calcinées, zébré mes si belles jambes (deuxièmes plus beaux mollets du Loiret en 63, je vous le rappelle) de longues et profondes estafilades ensanglantées, bref, après avoir sué sang et eau et crapahuté pendant deux heures dans ce qui ressemble à une forêt vierge et pour le moins inhospitalière, je peux le dire : " le maquis existe, je l'ai rencontré ! ".

LUNDI. Je connais Porto-Vecchio. En vacances d'été dans notre centre de vacances, j'y ai été sinistré pour cause d'inondations il y a une dizaine d'années. De passage aujourd'hui, nous y recevons une telle averse que l'eau envahit la route et dévale vers le port, nous coupe la route de la côte et nous oblige à reprendre la nationale. Ça baigne !...

Je connais Jean-Jérôme Renucci. Condisciple de lycée, je l'ai perdu de vue depuis quelques années. Il faut que je vienne à Solenzara pour rencontrer son oncle (qui me donne de ses nouvelles) et apprendre qu'il est aussi le neveu du patron de la Cabanella, à Moltifao (vous savez, le baroudeur d'Indo, grand pote de Lulu !). Vous avouerez, faire tant de chemin, en passant par le maquis, pour retrouver la trace d'un copain de Beaugency !...

MARDI. C'est le jour J, le jour de Bavella. Celui de la débâcle, des cyclos qui montent à pieds, sans vélo, ou avec le vélo d'une main et les chaussures de l'autre, celui des pieds en sang dans les chaussettes trouées, celui où se vérifie une fois de plus le fameux et si vrai dicton : " on a toujours besoin d'un plus petit braquet que celui qu'on a ".

MERCREDI. La carte de route, pourtant peaufinée par mon meilleur copain, comporte une erreur de taille : le col d'Erbajo n'est pas du tout sur le parcours. Plus fort encore : elle situe l'hôtel dans Venaco, alors qu'il se trouve à 5 km en contrebas, à 500m du parcours ; 10km pour rien, dont 5 en montée, ça vous dirait ?

JEUDI. La D16 entre Pianello et Matra ne doit rien avoir à envier aux routes de Paris-Roubaix. Pas de crevaison sur le coup, mais une belle série dans l'après-midi. Des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous...

VENDREDI. La route qui monte au col de Bigorno, rembourrée avec des noyaux, vaut celle de la veille. En un mot, c'est la guigne !... Et un gros trou l'après-midi dans mon pneu tout neuf...

Et puis c'est le retour, sans tambour ni trompette. L'excellent orchestre du voyage aller doit faire la grève. Dommage, je n'aurais pas cédé ma place pour un empire, à faire encore danser Sissi sur le Napoléon au rythme de la valse de l 'Empereur...

J'en profite pour panser mes plaies et soigner mes coups de soleil, pendant qu'un légionnaire en partance pour Djibouti se fait faire une belle boutonnière. Bonjour l'ambiance...

Voilà, vous savez tout. J'espère qu'après ça, vous n'aurez pas envie de participer à la randonnée Club l'année prochaine.

Et si ça ne suffit pas, je vous montrerai la facture !...

Joël Nicoulaud


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