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MOSQUITO PASS,

Revue N° 11 Page 08

PREMIER 4000

Breckenridge (Colorado, 27 août 1982).

Avant-hier je quittais Denver et mettais le cap sur le Sud-Ouest. Mon but :l'Arizona. Mais en passant, je compte bien épingler quelques nouveaux cols à ma collection. Hier le Loveland Pass, 3600 mètres, m'a permis de me mettre en jambes. Mais c'est aujourd'hui que j'atteindrai mon point culminant. En guise d'échauffement, un " petit " col à 3500, ce qui n'est pas trop long lorsqu'on part de 3000.

Je me restaure à Alma, que l'on m'assure être le plus haut village de l'Etat, à plus de dix mille pieds. On ne le dirait pas : on est au fond d'une vallée et la forêt s'étend bien au-dessus du village. En tout cas je n'aurai que mille mètres de dénivellation jusqu'au Mosquito-Pass, à 4019 m.

Lorsque je demande mon chemin à des autochtones, on fait tout pour me dissuader : on m'assure que je ne passerai pas, attendu que quatre roues motrices pour le moins sont nécessaires, alors que mon vélo n'en a bien évidemment qu'une . De plus le col n'a, paraît-il, pas volé son nom et si j'ai le malheur de m'arrêter (ce qui risque tout de même de m'arriver), des essaims de moustiques viendront me sucer le sang. Ces demeurés restent totalement insensibles à l'argument du franchissement de la cote 4000. Il est vrai qu'une fois converti en pieds, ça ne signifie plus grand chose.

La route débute par un pourcentage quasi insignifiant et sur du très bon " gravel ". Au bout d'une dizaine de kilomètres, j'en suis à me demander si les types du village n'ont pas un peu exagéré, lorsqu'au détour d'un virage, le pourcentage s'accentue subitement pour avoisiner les 20% et qu'on passe du " gravel " à l'ornière semée de pierres.
Je troque alors mes chaussures cyclistes contre des tennis (car je reste un adepte des cales tant que les conditions me permettent de pédaler : elles rendent mon coup de pédale plus efficace et m'évitent tout mal aux pieds).

L'enfer promis se résume finalement à 5 kilomètres (tout au plus) à pied. J'ai enfin l'impression d'être en altitude, les sapins ayant fini par céder la place à l'herbe rare et à la pierraille. Je traverse les vestiges d'une mine, une " cité fantôme " qui se réduit à deux ou trois ruines...

En approchant du sommet, je constate avec plaisir que la jeep que j'entends derrière moi, depuis un moment déjà, tarde à me dépasser : je ne suis donc pas le seul à peiner. Finalement la jeep me coiffe sur le poteau, de peu ! Photo-souvenir au sommet.

Dans la descente, je prendrai ma revanche sur les " 4 wheel drive " : celui qui entame la descente en même temps que moi prendrait de gros risques s'il voulait me suivre, moi qui rebondit de pierre en pierre, dressé sur les pédales. Je me joue des ornières et de la pente, c'est le triomphe de la légèreté. Ce genre de sport est tout de même assez éprouvant, surtout pour les poignets. Le matériel, lui , résiste apparemment très bien aux mauvais traitements. Quant aux crevaisons, je les devrai toutes, par la suite, à des cailloux égarés, solitaires, sur du goudron impeccable !

Jean-Michel CLAUSSE


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