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Balade irlandaise

Revue N° 15 Page 31b

C'est un ami qui a tout déclenché en moi, à mon retour des Etats-Unis. Il me parlait de voyages, de pays à découvrir, à conquérir et je hochais la tête ; je l'approuvais. Découvrir l'Irlande à bicyclette, c'était une idée. Je la trouvais excellente. Un projet de plus avait vu le jour.

Un peu plus tard, je franchissais le seuil d'une agence de voyages afin de me renseigner sur quelques destinations. La Thaïlande et Tahiti étaient alors au centre de mes préoccupations. Je sympathisais avec mon interlocuteur qui vint à me faire des confidences. Certes, Bangkok ou Papeete, c'est bien, mais d'après lui, il y avait mieux encore. Beaucoup mieux... J'étais tout ouïe. Il pouvait commencer à m'envoyer les images. Je n'étais plus alors à Strasbourg, ville polluée, mais...

En Irlande. Un pays de verdure et de rugby (c'est tout ce que j'avais retenu de mes leçons à la sauce Tournoi des Cinq Nations), m'accueillait. Je voyageais une fois de plus dans le Temps et l'Histoire. A la vitesse de vingt kilomètres à l'heure, je découvrais un pays encore secret. Je me dirigeais vers la région nommée Laoghis, sans raison apparente, simplement parce qu'une force intérieure me demandait d'aller dans cette direction. Et je m'y rendis. Je crois qu'il ne faut jamais contrarier son instinct ou un sentiment. Je savais qu'une aventure nouvelle m'y attendait, mais laquelle ? Aimez-vous l'Aventure ? Moi, je ne vis que pour elle. Elle est source d'espoir, de vie, de joie, de rencontres. Je l'aime de toutes mes forces et elle se marie si bien avec la Liberté.

Tout en pédalant, je pensais à tout cela lorsque notre rencontre eut lieu. En fait, son sourire vint me percuter en pleine face. Mon visage, à son tour, s'illumina.

Bonjour, je m'appelle Jacques. Et vous ? Margaret, c'est joli... et vous êtes jolie. Banal, peut-être, simple, certainement, pourtant un simple sourire fait souvent la différence face à l'indifférence. Essayez demain, souriez et vous serez aimé comme Margaret m'aima dés le premier regard

La suite ne fut plus qu'un rêve. Je voyageais entre mon imagination et la réalité-qu'est-ce que c'est - et j'étais heureux. J'étais envoûté par son charme. Margaret était très jolie (mais je me répète !) et elle parlait le français à merveille ; ce qui facilitait bien les choses. Elle avait 26 ans et voyageait beaucoup. Aussi connaissait-elle bien notre pays, et Strasbourg en particulier. Notre sympathie, elle pour un globe-trotter à l'allure patibulaire sur sa machine de fer, moi pour une jeune femme charmante et souriante, fut extraordinaire. Je crois qu'elle aimait les fleurs, la poésie et la Vie. Amours partagés, êtres rapprochés, rêves réalisés. Les frontières n'existent plus. L'exaltation du voyage est une force inouïe. Vous qui connaissez cela, vous qui êtes empreints de rêves, je vois votre sourire entendu.

Mais hélas, l'image de Margaret devient fugitive et floue. Dehors il fait nuit et mon interlocuteur poursuit, inlassable, son voyage irlandais, un pays merveilleux qu'il a visité l'été dernier.

Margaret, n'êtes-vous qu'un rêve, qu'une vision de ce voyageur sur la route de sa vérité, de son bonheur, de sa Vie ?

J. Schultheiss


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