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Les Cols de la Provence

Revue N° 28 Page 29

Il n'y a pas de cols en Provence mais une école de Provence : celle de la nature. En cette période de l'année, j'ouvrirai un de ces livres sur la Crau, pays de légendes.

L'été, les grillons chantent sous les platanes et les cyprès, près des manades perdues dans l'immensité des prairies. Elles abritent l'histoire d'un passé qui remonte très loin. Mais il existe aussi de modestes demeures dont les murs en pierres sèches et le toit de tuiles rondes sont ouvertes au midi, face au soleil et à l'infini des prairies et de la mer, c'est le refuge des bergers.

En cette veille de fêtes, l'un d'eux faisait paître son troupeau de moutons sous un ciel clément, et la douceur d'un vent qui venait de "là-bas".

Il avait les deux bras repliés sur son long bâton et les yeux perdus dans le vague, lorsque soudain, il entendit des cris : "Cri-cri" qui semblaient venir du sol. Comme il ne voyait rien, il repartit dans ses pensées. Pas pour longtemps, car de nouveau il entendit "Cri-cri" à ses pieds. Curieux, bizarre. Et comme il réfléchissait, il entendit à nouveau ces deux syllabes : "Cri-cri".
Il se pencha alors sur la terre et, que vit-il ? Un grillon. Et ce grillon lui dit : "Berger, emmènes-moi, j'ai froid".
- "Qu'à cela ne tienne."

Il mit le grillon dans une de ses grandes poches, pour l'emmener se réchauffer près de la cheminée de la chaumière.
C'est ce qu'il fit le soir venu, auprès d'un bon feu de bois, au-dessus duquel il avait fait chauffer sa soupe. Puis il partit se coucher, ne pensant ni au grillon, ni à rien.

Le lendemain matin, lorsqu'il ouvrit les yeux, le soleil inondait l'horizon d'un rose pâle. Un jour nouveau naissait et avec lui une nouvelle année.

Près de la cheminée, le grillon se mit à chanter : "Bonne année, Berger" . A ce signal, tous les rossignols, toutes les mésanges, tous les rouges-gorges, tous les oiseaux du Paradis, entrèrent dans la chaumière pour chanter cette nouvelle année à leur berger.

Faisons comme eux, unissons-nous pour chanter tout ce qui est joie ; afin que vous, vos familles, et tous ceux qui vous sont chers, gardent longtemps, longtemps, la joie et le plaisir de sourire...

Lucien BEROD N°580

de CAVAILLON (Vaucluse)


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