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A propos des cols belges

Revue N° 28 Page 50

Ainsi donc, voilà qu'après l'affaire de la Dioxine, la Belgique est au centre d'un problème bien plus grave encore, puisqu'il met en émoi le petit monde de la confrérie des "Cent Cols" ! En cause, l'apparition soudaine de cols, nombreux sur un sol qui en était jusque-là, fort dépourvu. Quel est donc cet agent pathogène responsable d'une prolifération qui n'a rien à envier à celle des champignons, l'automne venu ?

Rassurons tout de suite le bon peuple : aucun virus nouveau n'a été découvert ; aucune épidémie d'un genre inconnu qui nous empêcherait de succomber à notre passion, ne s'est manifestée. Cette naissance soudaine de cols au plat pays ne s'explique que par la volonté de deux cyclos, sans doute lassés de devoir faire le tour d'Europe pour enrichir leur collection. Ils ont créé la très officielle "Commission Nationale de Reconnaissance des Cols belges" (CNRCB), chargée d'inscrire au tableau d'honneur des cols, ce qui n'était jusque-là, que de modestes côtes sans prétentions.

Stupeur chez les sages de la confrérie ! Réactions indignées de nos pontes ! Jolie polémique en perspective pour la revue du millénaire !
Mais de quoi et pourquoi s'indigne-t-on ?

C'est méconnaître la Belgique que de penser qu'elle est un pays plat. L'inoubliable chanson de Jacques Brel ne s'applique qu'en Flandre ! Le sud est vallonné à souhait et il n'a rien à envier dans ce domaine à des régions de France qui ne le sont pas davantage et qui comptent pourtant de nombreux cols répertoriés.

Pourquoi enlever aussi aux belges le droit de créer de nouveaux cols ? Chaque année, il s'en crée sur les routes de France. Cela devient même un must lors des rassemblements de masse : "venez cyclos, nous en profiterons pour inaugurer le col de Chose, le Pas de Machin, en présence de Monsieur le Conseiller Général et des autorités locales"! Nous aussi, nous devons offrir des vitrines à nos hommes politiques ! Et si nous en créons beaucoup en une fois, c'est que nous avons du retard à combler ou que nos édiles n'étaient pas disponibles plus tôt !

Nos cols sont-ils moins sérieux que ceux qui figurent sur les listes des autres pays ? Je ne ferai pas l'injure de vous rappeler que Liège-Bastogne-Liège est la plus difficile des classiques à cause de ses très nombreuses ascensions. Et que dans notre liste ne figurent pas que de ces cols, dont on ne perçoit pas le moindre signe sur la route et comme il en existe tant sur les routes françaises (ce sont mes préférés !).

Quant à leur nombre, par rapport à l'étendue du territoire, il faut bien dire qu'on est encore loin de l'inflation italienne où, par la grâce de Georges Rossini (merci l'ami !), on ne peut pas faire dix kilomètres sans buter sur un quelconque passo.

Ceci dit, je me pose moi aussi, beaucoup de questions. Avons-nous besoin de cette logorrhée ? Ne pouvions-nous pas nous contenter de cette charmante liste de cinq cols qui figuraient dans l'édition de 1980 du Chauvot ? Quelle est la légitimité de la reconnaissance officielle dont il est fait état ?

On me dira qu'un éditeur a accepté de mentionner les nouveaux cols sur ses rééditions annuelles : en connaissez-vous beaucoup qui auraient refusé d'ajouter ce petit renseignement quand on leur fait miroiter la possibilité de vendre chaque année aux mêmes personnes des produits à peine modifiés ? Parce que, au cas où vous ne le sauriez pas, sans carte précise, il est pratiquement impossible de les trouver, ces fichus cols belges !
On m'objectera que des communes (l'équivalent des municipalités françaises) ont accepté avec enthousiasme d'avaliser la recherche de nos deux compères et que certaines ont poussé le bouchon jusqu'à placer des panneaux sommitaux : pensez-vous qu'une localité touristique (à notre époque, elles le sont toutes !) pourra snober la horde déferlante des cinq mille adhérents du Club des Cent Cols ? Voilà des visiteurs garantis ! Voilà de quoi faire tourner les affaires !

Notre pays est accidenté, c'est vrai. Mais, ce qui est célèbre sur nos routes, aux yeux des aficionados du cyclisme, ce sont les côtes ardennaises, ce sont les "bergs" (les monts) flamands ! Pas les cols, pas les passages d'une vallée à l'autre, et il faut bien souvent tirer sur les bas-côtés de la route pour faire croire à un resserrement entre deux sommets ! Il est d'ailleurs piquant de constater qu'un des deux membres de la susdite CNRCB, par ailleurs auteur d'un répertoire des côtes les plus difficiles de Belgique, déclarait à l'époque, à propos de l'une d'elles que "certains voudraient en faire un col, mais qu'il ne souhaitait pas se prononcer sur le bien-fondé de la chose" ! Quand on sait que Cotacol - c'est le nom prédestiné de l'ouvrage - ne recense pas moins de 1000 côtes, on frémit en pensant au nombre de celles qui vont muter, et se retrouver ainsi sur la liste des cols ! Nos grands maîtres n'ont pas fini de se faire du souci ! Encore heureux qu'on s'en tienne aux chemins goudronnés !

Arrêtons l'inflation ! Nous n'avons nul besoin de ces cols de pacotille pour être de vrais amoureux de la montagne. Un col, cela fait rêver : c'est le Galibier, c'est le Tourmalet, c'est le Parpaillon, c'est la Hourquette d'Ancizan. C'est un passage un peu mystérieux qui conduit par delà les montagnes, vers une autre vallée, vers un monde inconnu.

Et puis, s'il n'est plus besoin de courir loin pour entrer dans la confrérie, quelle raison aurons-nous de sillonner les routes de l'hexagone, d'Italie, d'Autriche ou de la Cordillère des Andes ? Qu'est-ce qui nous poussera à aller saluer nos amis montagnards ?

Revenons à la raison. Mais n'en faisons pas une vaine querelle : ce qui est fait est fait et acceptons que les cols qui ont été répertoriés gardent leur nouveau statut. Mais de grâce, n'ajoutons plus rien à la liste !

Pour épuiser la dispute (dans le sens du mot : discussion, lutte d'opinion sur un point de doctrine), je propose que nous nous retrouvions tous en Belgique autour d'une bonne bière sans "faux col" ! Nous avons la chance, mon épouse et moi, d'habiter maintenant un lieu qui présente toutes les caractéristiques d'un col géographique, mais qui a échappé à la quête de nos deux compères (et qui continuera, j'espère, d'y échapper). Nous vous y invitons pour discuter de tout cela et de faire le tour des cols de la région : nous jugerons sur pièce et nous partagerons le verre de l'amitié. Si vous êtes intéressés par cette concentration, nous sommes prêts à l'organiser aux environs du 28 mai 2000 (date à fixer par la confrérie). Faites-nous part de vos souhaits et en fonction de vos attentes.

Fernand YASSE-CORNET N°3680

de ROY (Belgique)


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