Paul Fabre

Paul Fabre (1935-2023), Cent Cols n° 1733 depuis 1982
Eddius n’était pas un grimpeur acharné : il avait bloqué son compteur il y a une vingtaine d’années. Mais il savait raconter une randonnée comme personne, le cyclotouriste émérite cachant un éminent professeur d’université, auteur d’ouvrages de linguistique.
Auteur de hauteur
Je me souviens de ce jour de septembre 2000, quand je conduisais un peloton d’une grosse centaine de cyclistes, venus à Beaune, de toutes les provinces de France, pour le rassemblement des membres de l’Amicale des Diagonalistes que tu présidais. Dans la roue de tes deux secrétaires, tu étais entouré de tes plus proches compagnons de randonnée, anoblis par Messire Eddius. Je prenais quelques bribes de vos plaisanteries et je ressentais une vraie frustration de ne pas faire partie de ce premier cercle… (je te cite) « d’adultes sérieux qui jouent à ces amusements de gamins à l’âge de la fessée ». Je n’avais aucune chance d’intégrer ce premier cercle, car, résidant à 400 kilomètres d’Alès, il m’était impossible de me joindre à Albert, Émile, Guy et à tous ceux qui ont partagé ta route, des heures et des jours durant, autour de la France ou en Diagonale, de Paris à Brest ou d’Hendaye à Compostelle.
Je ne pouvais deviner alors qu’en te sollicitant en mars 2015 pour rédiger la préface de la biographie de Patrick Plaine que je venais d’écrire, nous partirions tous les deux vers une longue aventure, dans laquelle nos ordinateurs remplaceront nos randonneuses et nos claviers leurs pédales. Ce sont exactement 42 éditions que j’ai faites pour toi, 35 d’entre elles sont en vente publique, les 7 autres sont des livres que tu as choisi de distribuer seulement à tes proches. Nous avons passé ainsi de longues heures ensemble, toi à la conception des itinéraires, moi t’ouvrant la route, m’efforçant de réparer les pertes de mémoire de ton vieil ordinateur, ramant dans tes pages en occitan, mais heureux et complice comme l’étaient tous les chevaliers de ton ost.

Merci Paul de m’avoir fait découvrir ce monde des troubadours et ce noble terme paratge, que dans mon ignorance je voulais absolument orthographier partage. Merci de m’avoir introduit dans l’univers poétique de ton très cher Paul Valéry, en m’apprenant à écouter la musique de ses vers plutôt que de chercher à leur donner un sens. Merci de m’avoir instruit la sage philosophie de Montaigne. Merci d’avoir pris autant de temps pour m’écrire plus d’un millier de courriels, dans lesquels nous plaisantions très souvent comme des gamins…
Merci encore de m’avoir invité à partager une ultime Diagonale avec toi en me demandant de t’envoyer 80 clichés de mon parcours de vie, clichés que tu m’a retournés avec pour chacun d’eux, 8 vers de 8 pieds, poèmes personnalisés qui m’ont beaucoup touché. Nous en avons fait un livre dont tu as choisi le titre : ENSEMBLE.
Je sais Paul que tu es parti rejoindre ta très aimée Françoise, que tu n’as pas oublié d’emporter ton sixième vélo, ce beau Follis qu’elle t’avait offert pour tes soixante-dix ans. Et je sais aussi que tu vas « tirer de longs bouts droits sur ton plus grand braquet » avec dans ta roue Pierre, Raymond, Micheline, Émile, Patrick, et tous ceux qui ont roulé à tes côtés et qui nous ont quittés. Et je sais encore que tu sauras trouver le mot d’esprit qui coupera leur élan à une centaine de mètres du sommet d’un col, sans doute aussi prestigieux qu’un Portet d’Aspet ou un Cabarétou. Après avoir été, le Prince du Portet, Messire Eddius sera aussi le Prince du Paradis.
Adieu Paul, toi Ô mais grande para sempre, adieu Maestro et merci. Infiniment.
Gilbert Jaccon, Cent Cols n° 3497, Beaune

Parmi les souvenirs de pédalage avec Paul Fabre alias Eddius, je retiens cette concentration du 25e anniversaire Cent-Cols au Mas de la Barque le 17 août 1997 et notamment la montée depuis Concoules puis Genolhac qui l’avait précédée. Une longue montée forestière au pourcentage irrégulier pendant laquelle Eddius, lui sur le vélo et nous sur le tandem, nous avait livré un cours sur l’origine des noms de cols régionaux tels que Canteperdrix, Lancise, Banlève ou Malpertus.
Henri Bosc et quelques-uns étaient de la partie et tout en pédalant, arrivés à proximité de la pancarte du col du Pré de la Dame (FR-30-1474), nous avions retenu Henri par le porte-bagages arrière ce qui avait permis à Eddius de franchir ce passage en tête, tenant ainsi haut son rang de président de l’Amicale des Diagonalistes !
Henri avait évidemment fait mine de s’offusquer de la victoire volée par son compère, alimentant ainsi la légende de leurs rivalités oratoires, auxquelles se mêlaient également leurs amis du Massif Central Jean Fournol et Jean Barrié présents eux-aussi à Concoules ce week-end là, et que l’on retrouvait dans leurs récits aux pseudonymes aristocratiques ou médiévaux …
Paul Fabre savait mettre à notre portée son érudition, cf. son « Que sais-je » sur les noms de personnes en France, et parmi tous ses écrits, on retient notamment son brillant éloge de tout ce qui est petit, paru à l’époque de sa prise en mains du Petit Diagonaliste, dans le numéro 25 de novembre 1994. J’ai (temporairement ?) égaré ce numéro que Jean-Philippe Battu avait mis en ligne il y a quelques années. Si quelqu’un en dispose, je suis preneur du scan de cet article.
Nous n’oublierons pas Eddius de sitôt et j’en profite pour adresser un bravo à ceux qui font vivre notre confrérie tellement active à en lire le contenu des nombreux messages parus en cette nouvelle année et qui ne sont qu’une partie visible de l’iceberg.
Marc Liaudon
J’ai appris hier la triste nouvelle de la disparition de Paul Fabre, Très connu au sein de la FFCT, grand Randonneur à Vélo mais surtout grand écrivain, il nous laisse une œuvre considérable…
Je ne sais pas s’il était membre du club des cent cols ?
Eddius, comme aimait le surnommé ses nombreux Amis ! est décédé hier 12 janvier.
Je suis en train de lire un de ces derniers livre : « Une ivresse continue ou saga d’un Cycliste ordinaire » il aura désormais une autre saveur…
Jean-Marc Lefèvre
Triste nouvelle en effet. On perd une grand randonneur et une belle plume. Bien entendu Eddius était rentré en 1982 au CCC, comme l’avait fait ses 3 comparses du ’ Chemins à trois voies’ qui étaient partis sur le Chemin de St Jacques dont Henri Bosc qui reste donc le dernier de la bande.
Paix à son âme et condoléances à toute sa famille.
Didier Rémond
En effet le grand départ de notre ami Eddius, est pour les cyclotouristes, un chagrin de plus, nos amis Pyrénéens, nous quittent un a un.Il nous reste un autre Henri.
Tristement