Ein denkwürdiger Tag: Philippe Carrez - Nr. 3092
Sonntag, 21. August 1988
Pour cette première excursion dans la région de Foix, le temps n’inspirait guère confiance. Mais tant pis, il fallait y aller car le programme était chargé : quatre B.P.F., un certain nombre de cols et pas mal de kilomètres en perspective.

D’abord une petite route départementale tranquille pour quitter Foix et au premier carrefour, je propose à Thierry de prendre à gauche pendant 200 mètres pour passer le col de Py. Ça nous en fera un de plus, vite gagné. Et puisqu’on a emprunté cette route, pourquoi ne pas continuer par-là pour faire les deux suivants ? Cinq kilomètres de détour pour faire trois cols faciles, la journée commençait bien.
Les courses de midi sont faites dans une épicerie de village plutôt crasseuse (la vendeuse aussi), puis c’est une descente de col qui nous frigorifie et nous oblige à ralentir pour avoir moins froid. Et vive le mois d’août !
Le deuxième B.P.F. de la journée est celui de la Fajolle, petit village perdu au fond d’une charmante et étroite vallée. Bien sûr, quelques voitures nous avaient bien croisées en chemin mais nous ne nous attendions pas à trouver autant de monde ici. Ça a un petit air de fête. Pourtant, après avoir parcouru le village dans toute sa longueur, il faut se rendre à l’évidence, pas la moindre boutique où faire tamponner nos cartes. Nous faisons une tentative à la mairie mais elle est fermée. Un dimanche, vous pensez ! C’est alors qu’un 4×4 s’arrête à notre hauteur et que sa conductrice nous demande ce que nous cherchons. Après le lui avoir expliqué, elle nous dit qu’en l’absence du maire c’est madame Martin qui possède le seul tampon du village et elle nous mène à elle. Madame Martin nous fait monter dans une pièce très sombre toute recouverte de bois où le modernisme ne s’est pas encore vraiment installé. Tandis que je la questionne sur le village, elle va chercher au fond du buffet le précieux tampon pour nos cartes. Elle nous explique que si l’été il y a près de deux cents habitants, ils ne sont plus que dix en hiver avec une route souvent coupée par la neige.
Nous reprenons la route jusqu’au col du Pradel à 1680 m d’altitude. Et là encore pour un petit col, nous sommes surpris par le nombre de voiture. Visiblement, l’endroit est bien connu des gens de la région. Il faut dire que malgré de lourds nuages, la vue y est superbe. C’est pourquoi nous nous accordons quelques instants de repos : le temps pour moi de manger une pomme assis dans l’herbe ou de prendre quelques photos pour Thierry. Puis c’est la descente jusqu’à 900 m toujours à petite vitesse à cause du froid, du pourcentage très important et des lacets très serrés.
Nous prenons à droite à la première intersection et c’est aussitôt la remontée vers le col de Chioula à 1431 mètres. Après une bonne grimpette, j’arrive au sommet un peu après Thierry et lorsque je suis à sa hauteur, il me dit : » Tu sais ce qu’il m’arrive ? » Moi, je pense tout de suite à une crevaison. » Non, ce n’est pas ça, mais j’ai oublié mon appareil photo en haut du col du Pradel « . Aïe, aïe ! Ça c’est plutôt ennuyeux. Bon, Thierry n’a pas trente-six solutions. Soit il retourne tout de suite le chercher en espérant qu’entre temps, personne ne le lui aura pris. Pour cela, il lui faut redescendre le col de Chioula, remonter le col de Pradel et ses terribles pourcentages, récupérer son appareil, s’il est toujours là, puis redescendre le Pradel pour enfin remonter le Chioula. Une promenade de santé, quoi ! Au total, il y en pour près de deux heures et il est déjà 16 heures. Avec ça le temps est de plus en plus menaçant et nous ne sommes pas encore rentrés à Foix. Thierry hésite un peu et je n’ai pas vraiment envie de l’accompagner car je sens la fatigue me gagner. Et puis faire tout ce chemin pour peut-être ne rien retrouver. De plus, la nuit tombe vite en cette fin de mois d’août, surtout quand il pleut, et Thierry n’a pas d’éclairage.
Er kann sich auch dafür entscheiden, das Gerät seinem traurigen Schicksal zu überlassen, indem er es allein auf einem Bergpass verloren hat. Natürlich hat es ihn über tausend Franken gekostet, aber man muss auch wissen, dass es nie richtig funktioniert hat, also ... Nein, es ärgert ihn trotzdem ein bisschen.
Nun, es bleibt nur noch eine Lösung übrig. Wir setzen die Wanderung normal fort, und wenn wir wieder in Foix sind, fahren wir mit dem Auto zurück. Der Vorschlag wird einstimmig angenommen. Natürlich dauert es länger als mit dem Fahrrad, bis wir wieder auf dem Gipfel des Col du Pradel sind, aber schließlich werden die Touristen bei dem schlechten Wetter und der bevorstehenden Nacht nicht sehr lange dort oben bleiben. Ich tröste Thierry, denn mit etwas Glück hat niemand seinen Fotoapparat gesehen. Wahrscheinlich liegt sie im Gras abseits der Straße, genau dort, wo ich mich hingesetzt und meinen Apfel gegessen habe.
Also machen wir uns wieder auf den Weg. Auf der Abfahrt vom Pass, als wir auf die sehr schöne Straße der Felsvorsprünge kommen, holt uns der heftige, eisige Regen ein. Die ganze Zeit über hatte er gedroht. Nach einem hastigen Halt unter einem Baum ziehen wir zum ersten Mal an diesem Tag unsere Pilgerschuhe an. Was den Regen angeht, schützen sie ganz gut, zumindest für eine gewisse Zeit, aber was den Wind angeht, ist es nicht ganz so gut. Es ist meine erste richtige Erfahrung, mit einem Pilgermantel einen Pass hinunterzufahren. Mit einem solchen Segel muss man nicht mehr viel bremsen. Es hat auch den Vorteil, dass es uns ein wenig gegen die Kälte isoliert.
So angezogen kommen wir in Lordat an, dem dritten B.P.F. des Tages. Am späten Sonntagnachmittag sind wir mit nassen Füßen und triefendem Gesicht auf der Suche nach einem hypothetischen Stempel für unsere Karten. Die Dorfbewohner halten uns schließlich für verrückt. Das Dorf ist im Regen verlassen und wir teilen uns auf, um einen möglichen Laden zu finden. Nach zehn Minuten, in denen ich durch die Gassen irrte, traf ich Thierry wieder, der sich mit einigen Leuten unterhielt. Durch Zufall stößt er auf die Familie des Bürgermeisters. Dieser, ein älterer Mann, war in einem Schuppen und machte weiß Gott was. Als er endlich ankam, erklärten wir ihm unseren Fall, wobei wir durch den anhaltenden Regen immer nasser wurden. Er lud uns ein, ihm zu seinem Haus zu folgen, wo der einzige Stempel des Dorfes aufbewahrt wurde. Er öffnet die Haustür und versucht dann vergeblich, die Schublade einer Anrichte zu öffnen. Die Schublade klemmt und der Sohn kommt zu Hilfe. Wir beobachten die Szene von draußen und amüsieren uns ein wenig über die Situation, während wir unsere Karten vor dem Regen schützen. Aber die Schublade lässt sich immer noch nicht öffnen. Wenn man so viele Pässe erklommen, so viele Kilometer zurückgelegt, dem Regen und der Kälte getrotzt hat und schließlich an einer widerspenstigen Schublade scheitert, kann man schon enttäuscht sein. Nein, es ist geschafft, die Schublade gibt endlich nach. Der Bürgermeister kann nun den wertvollen Stempel auf unsere Karten drücken. Nur weiß der Herr Bürgermeister, da er das schon so lange machen muss, immer noch nicht, an welcher Stelle er ihn anbringen soll, und ich habe am Ende einen Stempel neben dem richtigen Feld. Na ja, was soll's, ich bin ja nicht mehr weit davon entfernt und nach so viel Mühe seinerseits werde ich ihm trotzdem keine Vorwürfe machen.
Il ne reste plus qu’un petit col à franchir et nous sommes presque revenus à Foix. En arrivant sur la N20, la pluie a enfin cessé et nous pouvons retirer nos pèlerines. Après une rapide concertation, nous décidons de rentrer au plus court par la nationale car il n’est plus temps de faire du tourisme et il faut encore retourner chercher l’appareil photo. Les 16 kilomètres sont avalés à 40 km/h avec de beaux relais entre Thierry et moi.
In Foix beschließen wir, eine Verschnaufpause einzulegen, um eine kleine Stärkung zu sich zu nehmen. An einem Sonntag gegen 20 Uhr ist auf dem großen Platz nur noch ein Café geöffnet. Trotz der Feuchtigkeit und der kühlen Temperatur ziehen wir es vor, uns auf der Terrasse mit Blick auf den Platz niederzulassen. Es ist bereits sehr dunkel und die Stadt ist fast menschenleer. Zwei Tische weiter unterhält sich eine Gruppe von Männern bei einem Drink. Ich strecke meine Beine so weit wie möglich aus, um mich zu entspannen, und mein Blick schweift in die Ferne zu einem großen Gebäude. Plötzlich sehe ich eine Gestalt, die aus dem zweiten Stock springt. Es war ein toller Sprung, wie vom Sprungbrett eines Schwimmbads, aber die Autos, die unten parkten, hinderten mich daran, die Landung zu sehen. Stattdessen höre ich ein lautes Krachen. Sie können sich meine Verblüffung vorstellen. Ich drehe mich sofort zu Thierry um, der sich nicht gerührt hat. Die Gruppe von Männern unterhält sich friedlich weiter. Ich bin wahrscheinlich der einzige Zeuge der Szene. Ich erkläre Thierry, was ich gesehen habe, aber er scheint von meinen Worten überrascht zu sein. Dennoch hat auch er das Geräusch gehört. Ich schlage vor, nachzusehen, was los ist.
Nous attrapons nos vélos posés sur le mur d’à côté puis nous traversons à pied la grande place, mais sans précipitation. Pas la peine de se faire renverser par une voiture sous prétexte qu’il faut sauver quelqu’un ! En arrivant à la hauteur de l’accident, nous découvrons une jeune femme étendue à terre qui gémi en essayant de bouger. Dans sa chute, elle a atterri sur le capot d’une voiture en stationnement, puis est retombée sur le trottoir. La voiture est bien cabossée tandis que notre acrobate a le pied droit très enflé et saigne du visage. En chemin, j’avais repéré à deux pas de là, l’entrée d’un hôpital, aussi je propose à Thierry d’aller y chercher du secours. Pendant ce temps, je m’occupe de la jeune femme en essayant de la réconforter et en lui expliquant que les secours vont vite arriver. Mais les secours n’arrivent pas et je commence moi aussi à m’impatienter. Je repense alors à ce récent fait divers où un homme était mort presque devant un hôpital car personne n’avait voulu venir. Un peu angoissé, je cherche à me rassurer. Pourtant, les secours n’arrivent toujours pas et je ne sais plus quoi dire à cette jeune femme qui s’agite de plus en plus malgré la douleur. Enfin, des infirmiers accourent suivis de près par Thierry. Mais c’est pour les entendre dire qu’ils ne peuvent pas la transporter et qu’il faut appeler les pompiers. Quand je vous disais qu’on n’était pas loin de mon fait divers ! Je comprends également au travers de leurs propos qu’il s’agit d’une malade qui essayait de s’enfuir d’un des bâtiments de l’hôpital.
Für Thierry und mich war der Tag jedoch noch nicht vorbei, da wir noch einmal zurückgehen mussten, um die Kamera zu holen. Nachdem wir gefragt haben, ob wir gehen können, machen wir uns auf den Weg zu meinem Auto, das ein Stück weiter weg geparkt ist. Auf dem Weg dorthin begegneten wir dem Rettungsbus der Feuerwehr und ich startete den Motor in Richtung Pradel-Pass.
La nuit est complètement tombée et la pluie s’est remise à tomber. Mais à présent, nous sommes au chaud et au sec. Les 42 km qui nous séparent d’Ax-les-Thermes sont parcourus facilement mais le plus dur reste à faire : 15 km d’ascension pour arrivée au col. La route est très étroite et il est pratiquement impossible de s’y croiser. Heureusement, il est environ 21 heures et personne à part nous n’a l’idée saugrenue de s’aventurer sur cette route. Tous phares allumés, j’aborde la montée. La pente est raide et les virages si serrés qu’il me faut utiliser fréquemment la première vitesse. Mais dans les lacets, les phares éclairent seulement en face et je ne peux pas voir le bord de la route. Ma vertigineuse descente à vélo me rappelle qu’il doit y avoir le vide tout autour de la voiture. Pas très rassurant ! Pour augmenter encore l’angoisse, nous pénétrons à présent dans le brouillard. Quant au voyant d’huile du tableau de bord, il y a belle lurette qu’il s’est allumé et je tremble à l’idée d’une panne au milieu de nul part et en pleine nuit. Mais Thierry est à mes côtés et le fait de parler me rassure un peu. Dire que nous prenons tous ces risques pour un appareil photo qui fonctionne mal, qui a des chances d’être complètement détruit par la pluie qui n’en finit pas de tomber, et que quelqu’un aura certainement déjà récupéré.
Nach einer halben Stunde erreichten wir endlich den Gipfel und ich brachte das Auto zum Stehen. Thierry steigt allein aus, trotzt den Elementen und sucht nach seiner Kamera. Ich beobachte die Szene eine Weile aus dem Auto heraus. Aber die Scheinwerfer sind falsch ausgerichtet und er kann nichts sehen. Also drehe ich mich unsicher um und versuche, die Stelle zu beleuchten, an der ich die Kamera vermute. Thierry findet immer noch nichts und da er meiner Meinung nach in der Nähe sucht, beschließe ich, ebenfalls auszusteigen. Bald finde ich die Stelle, an der ich meinen Apfel gegessen habe, die Schalen sind noch da, und sofort sehe ich das Gerät. Thierry hat es auch gesehen und wir haben es im selben Moment in der Hand. Endlich sind wir glücklich und fast erleichtert. Fast nur, denn der Abstieg steht noch bevor. Aber dieses Mal ist die Stimmung gut und ein bisschen Musik aus dem Autoradio macht uns wieder munter.
Vers 23 heures, nous finissons par atterrir dans une pizzeria restée ouverte où nous pouvons enfin nous restaurer. Le reste de la route n’est qu’une simple formalité et c’est bien après minuit que nous pouvons profiter d’un repos mérité. Dans mon duvet, je pensais que finalement nous nous en étions plutôt bien sortis : 163 km, 10 cols, 4 B.P.F., une personne sauvée, un appareil photo retrouvé et pas le moindre bobo. Un bon dimanche en somme.