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Trieste – Thonon : traversée de l’arc alpin à vélo ( Philippe Chazottier CC 5178)

Par Philippe Chazottier cc 5178

Introduction

Voici une belle randonnée, la plupart du temps parcourue en altitude, qui me faisait envie depuis quelque temps déjà : Thonon à Trieste, avec la traversée d’une partie de l’arc alpin.

Ayant acheté une randonneuse Berthoud pour mes 50 ans l’an passé, je n’avais pu réaliser cette expédition en 2008, me contentant alors de la randonnée permanente « 100 cols sur la ligne de partage des eaux Atlantique-Méditerranée » pour me familiariser avec la randonnée « armes et bagages ».

Le problème le plus important pour cette destination consiste dans la question suivante : comment rentrer de Trieste si l’on effectue le parcours dans sa version la plus couramment parcourue ? J’avais résolu de résoudre le problème en inversant le sens du circuit : réaliser tout de suite la partie du voyage la plus délicate, voire la plus stressante, c’est-à-dire me rendre tout de suite au départ, mais de Trieste.

Deux solutions : prendre le train de nuit à Dijon à minuit pour arriver à Venise à 9h20 le lendemain, ou rejoindre Venise en avion depuis Lyon Saint-Exupéry. Le train, très peu pour moi, surtout que le chargement du vélo risquerait d’être problématique. Même si Robert de Rudder, un membre du club des Cent Cols, m’avait donné un truc pour pouvoir embarquer sans trop de problème (« savoir mettre le vélo au fond du dernier wagon »), je préférais l’avion : 1h20 seulement. Il suffisait de mettre mon vélo dans un carton récupéré chez un vélociste : même pas besoin de démonter garde-boue et porte-bagages, cela rentre juste.

Bien entendu, j’en profitais pour réserver une journée pour visiter Venise : incontournable.

Le samedi matin, il ne me restait plus qu’à prendre le train régional pour me rendre à Trieste, distant de 130 km environ. Comme à chaque fois que je prends le train (une fois tous les 4 ou 5 ans !), il arrive en retard, et c’est avec 20 minutes de retard qu’il entre en gare de Trieste Centrale.

1ᵉʳᵉ étape : Trieste – Arta Terme

Samedi 22 août – 150 km, 1100 m de dénivelé

Sans plus attendre, il est 10h passées et l’étape prévue est longue. Je me prépare à partir, je rentre dans le premier commerce venu, un coiffeur, pour faire viser ma carte de route et je mets la machine en route. Pour la petite histoire, au contrôle obligatoire d’Udine, 70 km plus loin en tout début d’après-midi, je n’ai pu faire viser mon carton que chez une coiffeuse, qui n’a rien compris au film, mon italien étant plus que rudimentaire, mais qui m’a délivré le fameux sésame !

Les 25 premiers kilomètres s’effectuent sur la nationale avec tout le long vue sur l’Adriatique, avec les senteurs envoûtantes des fleurs de clérodendron. Ensuite, le parcours passe par le premier petit col du parcours : le Sella di Iamianno, culminant à l’altitude vertigineuse de 68 m ! Vu l’étape importante du jour, je décidais de modifier mon trajet et de faire l’impasse sur Gorizia, pour redescendre le col et rejoindre Udine par la plaine, profitant de la circulation réduite sur la nationale reliant la capitale du Frioul et surtout de l’absence de poids lourds ce samedi. Ce n’est certainement pas ce que j’ai fait de mieux : le trajet, un peu plus court peut-être, traverse quelques localités importantes, les lignes droites sont monotones et la chaleur, 36°C à Pordenone, est pénible à supporter et nécessite quelques arrêts « chasse à la canette ». Heureusement, comme l’avait prévu la météo, le ciel se voilait et l’arrivée à Udine coïncidait avec une baisse des températures.

Sorti de cette ville bien ordonnée, les premières difficultés m’attendaient un peu plus loin : modeste avec le Passo di Monte Crocce (267 m), puis après un passage sur une grande route à la circulation intense, le Sella di Interneppo (315 m), avec quelques gouttes de pluie à l’attaque de celui-ci. Un petit col très court mais qui, au premier virage, donne à voir, peint sur le mur de soutènement, la fresque des « campionissimi » du cyclisme italien : de Bottecchia à Pantani, en passant par Coppi et Moser, tous sont représentés en action. Le visage de Coppi est saisissant de réalisme ! Je me permets d’arrêter un automobiliste pour me faire prendre en photo devant le mur en question : cherchez l’intrus ? Vous ne trouvez pas ? C’est moi le seul de tous qui ne parle pas italien ! Une autre raison, dites-vous ? Non, vraiment, je ne vois pas !

Après la plaine entre Trieste et Udine, le relief des Alpes juliennes commence à se préciser à l’horizon et un mur se dessine au loin : on aura bien le temps de voir demain !

Finalement, j’arrive à Tolmezzo vers 17h et alors que je pensais trouver un hôtel en centre-ville, on m’indique un établissement à l’opposé de ma route alors que je me retrouve par hasard à l’entame du Sella Marcillà. Je décide alors, malgré un orage qui menace, de rallonger mon étape jusqu’à Arta Terme, une station thermale où je trouverai sans problème un hébergement. Treize kilomètres de plus seulement, mais en guise de « légère formalité », l’ascension de ce col culminant à 776 m, avec des pourcentages entre 12 et 14% sur les 2 premiers km.

Arrivé au col, la pluie se mit à tomber légèrement, la descente sur Zuglio se fit prudemment et arrivé à destination, le premier hôtel à l’entrée de la ville fut le bon.


2ᵉ étape : Arta Terme – Padola

Dimanche 23 août – 89 km, 2500 m de dénivelé

Le matin, les nuages de la veille avaient disparu et j’attaquais la remontée de la vallée vers le nord. Je n’allais pas attendre longtemps pour me chauffer les jambes : après 7 km, l’attaque du premier col de la journée, le Sella Valcalda (959 m), pour passer en 8 km de 442 à 959 m, mais avec les 2 premiers km le long de la rivière en pente douce. Premières suées donc, et bascule sur Comélians.

Avant de prendre la direction de ce col, j’étais passé, à Sutrio, devant une pancarte indiquant une destination qui parlera à ceux qui s’intéressent au Giro : le Monte Zoncolan, le terrible Monte Zoncolan : j’ai aussitôt détourné la tête : pas vu, pas à gravir !

La suite de l’étape devait me mener au sommet du Sella Ciampigotto (1790 m) par une belle vallée : le Val Pesarina. La route menant d’abord au Forcella Lavardet (1542 m) s’effectue sans gros pourcentages, 23 km pour passer de 553 à 1542 m, avec la traversée de coquettes localités frioulines, notamment celle de Prato Carnico et son beau clocher qui penche comme la tour de Pise !

Prato Carnico

Une fois au Forcella Lavardet, 3 km me mènent au Sella di Razzo, puis autant pour arriver au Sella Ciampigotto, avec pour récompense un plat de pâtes au bistrot du col !

Les cinq premiers km de la descente sont très raides et en lacets serrés, beaucoup plus durs mais moins longs que dans l’autre sens. Cela n’allait pas être pareil un peu plus loin avec le Passo di Zovo, dernier col de l’étape, que j’avais gravi par l’autre face lors d’un précédent séjour dans les Dolomites. Sept km d’ascension pour arriver un peu au-dessus de l’altitude du col (1476 m), pour passer de 832 à 1500 m environ. Il me fallut pas loin d’une heure pour y arriver !

Me voilà arrivé dans une des plus belles régions des Alpes : les Dolomites. J’allais les parcourir pendant 3 jours jusqu’à Bolzano : un vrai émerveillement.

Arrivé à Padola vers 16h45, j’avais largement le temps, après la douche réparatrice, de flâner dans le village et d’admirer les maisons croulant sous les surfinias et autres géraniums de toutes les couleurs : une constante de cette vallée des Dolomites de Sexto : l’abondance du fleurissement, qu’il s’agisse de commerces mais également des maisons d’habitation qui débordent de fleurs.


3ᵉ étape : Padola – Misurina

Lundi 24 août – 70 km, 1700 m de dénivelé

Petite étape pour un grand col et un site extraordinaire : le Forcella Longères et les Tre Cime di Lavaredo.

Mais auparavant, le premier col, le Monte Croce di Comélico (1636 m), ne présente pas de difficultés insurmontables, il monte en pente douce avec quelques lacets dans les bois de mélèze. De l’autre côté, c’est la vallée de Sexto, zone très touristique où le vacancier lambda sort pour acheter les croissants. C’est vert, c’est tiré à quatre épingles, comme dans le Val Comélico, les maisons sont décorées de fresques et des cascades de géraniums et de surfinias dégringolent des balcons. Ce n’est plus l’Italie, même si j’y suis toujours, mais le Sud-Tyrol, avec l’Autriche à une portée de noyau de cerise, où l’allemand est la langue employée en « premier jet », si j’ose dire.

Arrivé à San Candido, on retrouve la grande route qui mène en Autriche, heureusement une route cyclable relie Dobiacco au milieu des champs.

Le Val di Landro, orienté nord-sud, est une belle vallée évasée où, en 13,5 km, on ne s’élève que de 220 m. Aux deux tiers du parcours, une percée dans la vallée permet d’apercevoir pour la première fois les Tre Cime di Lavaredo, il s’agit de la face nord et ses murailles vertigineuses : 600 m à pic où les alpinistes peuvent rester jusqu’à 3 jours dans la face nord de la Cima Grande, qui ne culmine pourtant qu’à 2999 m !

Arrivé à Carbonin, je m’accorde un petit détour de 6 km aller-retour pour aller chercher un col facile : le Sella di Cimabianche, et avoir un premier aperçu au loin des Dolomites d’Ampezzo.

Retour à Carbonin où, en 6 km, je rejoins Misurina et son superbe lac pour 327 m de dénivelé, avec de courts passages à 8-10%. À Misurina, je réserve une chambre dans un superbe établissement où je laisse mes sacoches : direction le refuge Arunzo et le Forcella Longères (2330 m) par la route à péage (gratuite pour les cyclistes). Sept km depuis le col de Misurina, 1,5 km assez durs jusqu’au lac Antorno, une petite descente jusqu’au péage, et là : à l’attaque ! Il reste 3,6 km pour un peu plus de 400 m de dénivelé : pas vraiment plat !

Après avoir cassé la croûte au refuge, tamponné ma carte de route, je m’accorde deux bonnes heures de farniente au soleil sous une douce température, dommage qu’un nuage reste accroché sur les Tre Cime. Heureusement, il s’en ira un peu plus tard, je pourrai encore un long moment profiter de ce somptueux décor.


4ᵉ étape : Misurina – Arabba

Mardi 25 août – 90 km, 2550 m de dénivelé

Une étape comme celle-ci sur le Tour d’Italie, c’est une étape clé assurée : aussitôt parti du merveilleux site de Misurina et un dernier regard dans mon dos sur les Tre Cime, les 4 km d’ascension du Passo de Tre Croci (1805 m), permettent de chauffer la mécanique. Aucun nuage dans le ciel ce matin, laissant présager d’une journée superbe. L’air est frais ce matin et il fallut enfiler le coupe-vent pour basculer sur Cortina d’Ampezzo, ancienne cité olympique.

Sans transition, direction la grande route des Dolomites, direction le Passo di Falzarego (2105 m), avec, malgré l’heure précoce, une circulation importante. Heureusement, le parcours, avant d’arriver au sommet du col précité, prévoit un « léger » détour et, 5 km au-dessus de Cortina, je bifurquais à gauche en direction du Passo di Giau (2233 m), premier col au-dessus de 2000 m de la journée. Une bonne surprise : c’est moins dur que je craignais et le paysage est magnifique. J’ai trouvé la montée moins dure que de l’autre côté, que j’avais déjà gravi avec un vélo léger il y a 4 ou 5 ans, et la vallée plus ouverte, avec plus de vue. L’arrivée au sommet permet de faire valider ma carte de route et de discuter avec un cyclo qui m’avait dépassé dans la montée.

Une descente prudente et contemplative, une ascension jusqu’au Colle Santa Lucia et direction le deuxième gros morceau de la journée, le Passo di Valparola (2192 m), avec comme marchepied le Passo di Falzarego.

Un coup de tampon à La Villa, dans le Val Badia, un coup d’œil au bulletin météo à Corvara, optimiste jusqu’au vendredi (tant mieux, c’est le jour où je vais passer le Stelvio), point culminant du séjour. Il ne reste que le dernier col de la journée, le Passo di Capolongo (1875 m), et la descente sur Arabba où le premier hôtel rencontré fut le bon.

Alta-Badia

5ᵉ étape : Arabba – Passo della Mendola

Mercredi 26 août – 120 km, 2500 m de dénivelé

Deux gros morceaux au départ d’Arabba : le Passo di Pordoi (2239 m) : 9 km avec des virages très courts en début d’ascension, une pente ne dépassant que très rarement les 7-8%. Arrivé en haut, en voulant m’arrêter pour faire tamponner ma carte de route, je mets ma roue avant dans une bouche d’évacuation des eaux de pluie. Résultat : une chute, sans gravité heureusement, et une crevaison. Une étourderie dont je me serais bien passé, j’aurais pu espérer qu’après une bonne nuit passée à l’hôtel Olympia, l’ascension du Pordoi m’aurait réveillé ! Une petite déception également : le monument en l’honneur de Fausto Coppi est en rénovation et est entouré de barrières de chantier : j’attendrai pour voir la stèle qui lui est consacrée au sommet du Stelvio.

Six kilomètres de descente et, aussi sec, une belle remontée sur le Passo di Sella (2244 m), un col que j’avais également déjà gravi : la photo des derniers lacets, avec au fond le Sasso Lungo, orne depuis le fond d’écran de mon ordinateur. Du haut de ce col, la vue est somptueuse : la Marmolada au sud-est et son glacier, seules neiges éternelles des Dolomites, le Sasso Lungo au nord-ouest et, à l’est, l’énorme masse tabulaire du Gruppo di Sella.

Passo Di Sella

Une longue descente m’emmène dans le Val di Gardena, très encombré de touristes. Dans la traversée de Selva di Val Gardena, un attroupement : au sommet d’une superbe maison peinte, un carrousel s’anime avec quatre personnages et un carillon qui fait un barouf d’enfer : il est pile-poil 11h et la foule des touristes est au rendez-vous !

Selva val Gardena

À la sortie du village d’Ortisei, je trouve la route qui monte au Passo di Pinei et là, la surprise est grande car la feuille de route annonce 200 m de dénivelé entre la localité et le col pour 5,6 km de montée. Or, devant mes roues se dresse une pente à 8 ou 9% avec des passages à 12 voire 15%. Il doit y avoir une erreur sur l’altitude de départ.

Heureusement, le paysage est toujours aussi beau et j’ai bien le temps de l’admirer ! La descente traverse le plateau de Surio et de Sciliar et laisse découvrir un paysage verdoyant, le relief est nettement moins escarpé que les hautes vallées dolomitiques.

Plateau de Scillar

Après un arrêt casse-croûte à la terrasse panoramique d’un gasthof, je reprends la descente sur la vallée de l’Isarco et retrouve la route à grande circulation en direction de Bolzano. Heureusement, une route cyclable m’évite le flot automobile, avec même un tunnel de 500 m éclairé ! Arrivé à Bolzano, je retrouvais l’odeur des clérodendrons, mais, comprenant sans doute mal les explications d’un cycliste local, je garde les pistes cyclables et me retrouve sur la digue le long de l’Adige, direction Trente. Étant allé trop loin pour faire demi-tour, je décide de continuer au milieu des champs de pommiers où la récolte a débuté, jusqu’à pouvoir trouver une route pouvant me permettre de retrouver la route du Passo della Mendola (1363 m). Je la rejoindrai, mais pour rallier Caldaro sur la route des vins, je dus escalader les 3 km d’un petit col avec une pente ne descendant pas sous les 9-10%, avec des passages approchant les 15%.

Arrivé en haut, un beau panorama sur le lac de Caldaro, puis remontée sur le village et jonction avec la SP 42 qui conduit en 14 km d’une pente régulière à 5-6% au sommet du Passo della Mendola.


6ᵉ étape : Passo della Mendola – Prato allo Stelvio

Jeudi 27 août – 96 km, 1100 m de dénivelé

Une étape plus tranquille m’attend aujourd’hui. Sur le Tour de France, on parlerait d’une étape de transition. Après quatre kilomètres de descente sur une belle route, j’attaque les 14 km d’ascension du Passo di Palade (1512 m), avec seulement 524 m de dénivelé.

Je poursuis ensuite en direction de Merano. Une longue descente me ramène dans la vallée de l’Adige, au milieu des pommiers et des espaces verts encore parfumés de clérondendrons. Tout le reste de l’étape se déroule entre les vergers. La récolte des pommes Gala bat son plein : la chaleur de l’été semble avoir avancé la cueillette, d’après ce que j’ai pu lire dans la presse locale germanophone du Sud-Tyrol, région bien italienne malgré tout.

À Merano, après quelques hésitations, je trouve par hasard la Radroute (piste cyclable) à côté de l’hippodrome. Elle a été inaugurée cette année et permet de rejoindre Prato allo Stelvio en 50 km, en évitant la route principale désormais interdite aux cyclistes jusqu’au village de Teif. La voie contourne le verrou par neuf lacets en pente douce, numérotés ! Elle suit ensuite l’Adige, en rive gauche ou droite, traversant quelques villages.

Je perds brièvement la piste à Latsch (où je déjeune) et la retrouve à Silandro. Le ruban asphalté est très agréable, et je croise beaucoup de cyclistes : familles, voyageurs, cyclosportifs. Une courte portion non goudronnée (3 km) ne freine pas mon élan. J’arrive à Prato allo Stelvio sans passer par Pontresina, où j’avais initialement prévu de dormir.

Pour le lendemain, j’hésite : samedi, la route du Stelvio sera fermée aux voitures grâce à une initiative du Parc National. Je pourrais donc consacrer le vendredi à aller chercher deux cols, dont l’Ofenpass, en Suisse, avant de rencontrer le géant.

Ce soir, je dors à l’hôtel Zentral, très accueillant, mais qui ne peut m’héberger qu’une nuit. Tant pis ! Je n’aurai aucun regret, car la météo du samedi annonce un ciel couvert.


7ᵉ étape : Prato allo Stelvio – Livigno

Vendredi 28 août – 87 km, 3300 m de dénivelé

Aujourd’hui, je franchis le point culminant de la randonnée : le mythique Passo dello Stelvio. L’ascension commence doucement : les premiers kilomètres remontent tranquillement la vallée de Trafoï. Mais à l’entrée du village, le premier des 48 lacets annonce la couleur ! Il reste 14 km d’ascension, ponctués de vues superbes sur le glacier de l’Ortles.

La route est en excellent état, parfois large, bien meilleure que ce à quoi je m’attendais. La circulation est modérée. Un motard trop pressé de me doubler finit d’ailleurs couché dans un virage serré… Il aurait mieux fait de prendre un vélo !

Vers 7 km du sommet, la forêt laisse place à un vaste panorama : on aperçoit la route accrochée à la montagne, fruit d’un travail de génie civil impressionnant. La pente moyenne de 8 % est constante. Les lacets s’enchaînent, coupés de longues lignes droites. Les deux derniers virages sont plus courts, et me voilà au sommet !

Là, c’est l’affluence : motards, touristes, skieurs. L’ambiance est un peu trop commerciale à mon goût. Je prends tout de même une photo de la stèle dédiée à Fausto Coppi, puis je fuis cette atmosphère de foire pour descendre vers le Passo di Umbrail.

Trois kilomètres plus bas, je bifurque vers la Suisse. Je fais tamponner ma carte de route dans un bistrot désert, au col de l’Umbrail. Le contraste est saisissant : pas un touriste, un poste de douane fermé et un silence de montagne.

Le Stelvio vu d’en haut

La descente vers Bormio me paraît plus raide que la montée. Elle se fait dans de longues galeries, à négocier prudemment. Je retrouve la chaleur en bas, puis bifurque vers le Valdidentro pour grimper deux autres cols de plus de 2000 m : le Passo di Foscagno et le Passo di Eira.

En montant au Passo di Foscagno

Les premiers kilomètres sont plats jusqu’à Isolaccia. Ensuite, la route grimpe sur 15 km à 6 % de moyenne, sur un bel asphalte. Des vues splendides sur une montagne enneigée, sans doute le Monte Foscagno, m’accompagnent. Malheureusement, le paysage est régulièrement gâché par des panneaux publicitaires géants vantant les boutiques hors taxes de Livigno.

Publicité à 2000 m !

Arrivé à Livigno, je découvre une large vallée surpeuplée. Les chalets en bois semblent factices, les touristes errent sans but dans les rues. Trois jours dans les Dolomites m’ont sans doute rendu exigeant


8ᵉ étape : Livigno – Samedan (St Moritz)

Samedi 29 août – 116 km, 1870 m de dénivelé

Je me félicite finalement que l’hôtel de Prato allo Stelvio n’ait pas pu m’héberger une nuit de plus : la météo annoncée est favorable avec un plafond nuageux seulement à partir de 2200 m.

Le Passo di Livigno (2315 m) est franchi sans encombre. Peu de circulation : les amateurs de parfum dorment encore ! Une courte descente bien fraîche me fait vite enfiler le coupe-vent. Le Passo del Bernina (2328 m) ne pose pas de difficulté. Dommage que les nuages m’empêchent d’admirer le glacier.

Le lac de la Bernina

En bas de la descente, je me dirige vers Samedan (près de Saint-Moritz), où je réserve une chambre et me déleste de mes sacoches. Étape courte prévue aujourd’hui (37 km), pour pouvoir gravir deux cols à plus de 2000 m ensuite.

Je pars rapidement à l’assaut de l’Albula Pass (2312 m). Les huit premiers kilomètres sont bien raides, avec de nombreux lacets, sur une route étroite. Ensuite, la route s’adoucit dans le vallon. J’arrive dans les nuages, sous un crachin léger. Le bistrot du col est fermé (geschlossen). Seuls quelques motards me croisent dans la descente.

En milieu d’après-midi, je repars pour le Julier Pass (2284 m). Après la traversée de Saint-Moritz, je débute la montée depuis Silvaplana : 6,5 km, plutôt exigeants au début avec une rampe droite à plus de 10 %. Au retour, j’y atteindrai 75 km/h ! La route est large, adaptée à une circulation plus importante. Le vent de face complique un peu les choses. Les derniers kilomètres dans le brouillard semblent interminables.


9ᵉ étape : Samedan – San Bernardino

Dimanche 30 août – 120 km, 2525 m de dénivelé

Au réveil, les nuages ont disparu, laissant seulement un peu de brouillard en fond de vallée. L’air est frais : maillot manches longues et coupe-vent indispensables.

Jusqu’au Majola Pass (1815 m), la route longe les lacs de la vallée de Saint-Moritz, sans véritable dénivelé. En revanche, la descente qui suit est très pentue sur les 5 premiers kilomètres, avec des virages serrés, puis elle se déroule dans une large vallée jusqu’à Chiavenna (Italie).

En allant vers le Majola Pass

Depuis Chiavenna (333 m), il faut monter au Splügenpass (2113 m) en 30 km. Les dix premiers sont très pentus, avec des lacets serrés. Vers Campodolcino, la vallée s’élargit brièvement, puis la pente reprend de plus belle. Des galeries mal éclairées accentuent l’impression d’isolement.

À 6 km du sommet, la pente se calme en approchant du barrage du Spluga. La route longe l’eau sur 3 km jusqu’à Monte Spluga, puis repart plus raide sur les 3 derniers kilomètres.

En descendant le Splügenpass : plat de spaghetti !

Côté suisse, la descente est une merveille : un enchaînement de lacets parfaitement réguliers et empilés. Une image classique des récits de randonneurs à vélo.

Boosté par la descente et la météo clémente sur la vallée de l’Hinterrhein, je poursuis vers le Passo del San Bernardino (2065 m). La montée proprement dite débute après le tunnel routier : 9 km, 450 m de dénivelé, pente modérée. Mis à part le vent de face, c’est presque un plaisir. Au col, le lac et la lumière invitent à la pause. Je discute avec un couple de motards, et lâche fièrement, dans mon meilleur allemand : “Ist nicht sehr schwer !”

La petite ville thermale de San Bernardino, 7 km plus bas, m’accueille pour la nuit.

En remontant vers le San Bernardino

10ᵉ étape : San Bernardino – Santa Maria Maggiore

Lundi 31 août – 115 km, 850 m de dénivelé

Il fait frais mais beau. San Bernardino semble quelque peu désuète, avec quelques commerces fermés. Je suis à 1600 m, bien couvert. Après un faux-plat jusqu’à la Forcola, une belle descente en paliers me mène à la frontière italienne.

La route croise ou longe la voie express en provenance du tunnel. À Bellinzona, je tente de suivre les voies cyclables, mais échaudé par ma mésaventure à Bolzano, je reprends la route principale vers Locarno.

À l’approche du lac Majeur, les agglomérations s’enchaînent. À Locarno, je galère à en sortir sans prendre la voie express interdite. Depuis le joli port d’Ascona, je retrouve la SP13 qui me conduit à la frontière, puis à Cannobio, où je quitte le lac pour pénétrer dans le Val Cannobina : une belle vallée encaissée et peu fréquentée.

La montée commence raide avec quelques lacets, puis s’adoucit. Je fais une pause pasta dans l’une des rares localités, puis reprends les 650 m de dénivelé restants, à l’ombre de beaux feuillus : charmes, frênes, châtaigniers. Au sommet, un cyclo local me montre une stèle dédiée à Marco Pantani.

Stèle Marco Pantani

La descente vers Santa Maria Maggiore est rapide. Je termine tôt cette étape, sans doute la moins difficile de la randonnée.


11ᵉ étape : Santa Maria Maggiore – Sion

Mardi 1er septembre – 140 km, 1750 m de dénivelé

Dernier grand défi de l’expédition : le col du Simplon.

Je commence par 2 km de montée douce vers le Sella di Duogno, puis plonge à 330 m d’altitude à Crevoladossola. Une marche d’approche me mène en fond de vallée, sur l’ancienne route du col, avec ses carrières de marbre.

Je croise un cyclo-randonneur en tour de Suisse de 4 semaines. Puis je rejoins la route du Simplon, ponctuée de galeries. Heureusement, peu de circulation. Je parviens à sortir de la route principale vers les villages de Varzo, puis Simplon Dorf, où une route parallèle me mène sur… le toit des galeries !

Une inscription sur une maison rappelle que Napoléon s’est arrêté ici : “Ici Napoléon donna une pièce de 5 francs contre un verre de lait.” Une plaque patrimoniale vivante !

Le vent souffle fort au sommet. Je bascule vite versant suisse, avec encore des galeries. Une pause-casse-croûte me permet de rencontrer un couple de l’Aube, membres du Club des 100 cols, venus étoffer le palmarès de Madame.

À Brig, la température monte. Je pars à la recherche de la route cyclable n°1, que je trouve, perds, retrouve… Cela reste plus agréable que la circulation intense de la vallée du Rhône.

À Sierre, la piste suit le fleuve sur 20 km. Tranquille mais monotone. Ce soir, je peux enfin lire un journal en français… et manger du vrai pain !


12ᵉ étape : Sion – Thonon-les-Bains

Mercredi 2 septembre – 110 km, 1000 m de dénivelé

Je quitte Sion dès le matin pour retrouver la route cyclable n°1. Bien indiquée, elle suit tantôt le Rhône, tantôt les vergers. Les coteaux sur ma droite sont couverts de vignes.

Sans même passer par Martigny, j’arrive à Monthey. Il reste une dernière difficulté : le Pas de Morgins (1371 m). Jusqu’à Trois Torrents, la pente est bien raide. Il fait lourd, je sue abondamment. Ensuite, la pente s’adoucit jusqu’à Morgins, où les douaniers suisses, très décontractés, tamponnent ma carte.

Je me laisse glisser vers Châtel, puis La Chapelle-d’Abondance, où je m’arrête déjeuner. Bien m’en prend : un orage sérieux éclate pendant le repas. Au moment de repartir, la pluie a cessé… mais reprend un peu plus loin.

Malgré une crevaison à 6 km de Thonon, je garde le sourire : une seule vraie averse en 12 jours, c’est presque un miracle !

C’est fini !

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